Il n’y a rien de plus dangereux pour une nation que lorsque certains de ses citoyens ou de ses élus se drapent des attributs du patriotisme pour mieux la détruire de l’intérieur par la défense d’intérêts personnels. Il n’y a rien de plus choquant que lorsque des militants de la cause nationale se parent du drapeau du pays pour mieux se mettre au service du populisme, au service d’un homme ou d’un clan et ne voient plus l’intérêt général. Le peuple a accordé au président Sambi une grande confiance en mai 2006. En mai 2010, il devrait honorer ce peuple, en respectant scrupuleusement les principes et la constitution, et en se retirant une fois son mandat terminé, pour éviter au pays une nouvelle épreuve douloureuse. A bien observer, la très grande majorité de ceux qui défendent le maintien au pouvoir du président Sambi au-delà du 26 mai 2010 ne défendent souvent que des intérêts personnels et « villageois ». Il faut ajouter à ceux-là, ceux qui sont encore endormis par les rêves qui nous cachent toujours la vue de la mer au paramboini, à Moroni. La vérité est sans doute dure à dire, mais, elle est là. Il y a ceux qui voient disparaître les avantages acquis, ceux qui savent qu’après la présidence Sambi ils devront se battre pour se maintenir au pouvoir et qui ne sont pas habitués à la lutte politique, d’autres qui ont peur qu’on dise qu’Anjouan a mal géré, et enfin les plus proches du président qui ne peuvent ni ne veulent accepter de reconnaître que cette présidence a été un échec dans de nombreux domaines.
L’ouverture du pays au monde arabe n’est certes pas négligeable, à condition qu’elle ne se traduise pas par une nouvelle colonisation, vu le nombre de militaires arabes qui sont accueillis à Beit-Salam. Certes, on nous reproche déjà d’être trop formaliste et de trop nous accrocher aux textes votés. Mais la loi c’est la loi. Le président Sambi a été élu pour quatre ans par le peuple et la Constitution de notre pays ne prévoit pas que le président puisse prolonger son mandat par la volonté des élus. L’agitation de ces derniers temps, surtout de ceux qui accusent leurs adversaires politiques de ne penser qu’au pouvoir non démontre bien que la prolongation n’est pas une volonté uniquement du président Sambi, mais aussi de tous ceux qui ont acquis du pouvoir, de l’argent, de l’honneur depuis 2006 et qui ne veulent pas les perdre d’un coup.
Harmoniser n’est pas prolonger
Aucun autre argument sérieux et honnête ne peut justifier qu’un président élu par le peuple puisse poursuivre son mandat au-delà de son terme, sans retourner personnellement devant le peuple et sans consensus national sur sa personne.
Or que voit-on actuellement ? La stratégie des partisans du président Sambi cherche d’abord à décrédibiliser tous ceux qui souhaitent que la démocratie s’applique. A court d’arguments, ils n’hésitent pas à user d’attaques personnelles contre tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, comme au niveau du pouvoir on use de la menace en arrêtant à tout-va les journalistes (Kamal Yahouda, Ahmed Abdallah Mgueni, les journalistes de Ridja TV et Radio) ou en les insultant par blogs interposés (Inoussa Mohamed, Kamal Yahouda).
Il faut encore et encore le répéter, l’harmonisation et la prolongation du mandat du président sont deux choses différentes. Le jour où les partisans du président Sambi auront compris cela, nous aurons fait un grand pas vers la réconciliation et le consensus nécessaires dans cette nouvelle étape pour l’Etat comorien. Le souhaitent-ils ? Il n’en est pas certain. Tout montre, au contraire, qu’ils cherchent l’affrontement à Mohéli pour renforcer l’autorité du président Sambi et sans doute son maintien à vie au pouvoir, puisqu’ils le considèrent déjà comme un être exceptionnel, le messie que les Comores attendaient.
Coup d’Etat institutionnel et arrogance
A ce jeu là, le pouvoir rendrait un grand service aux opposants à Mwali, en les arrêtant dès maintenant, car on pourrait voir les hommes politiques de cette île, qui jusqu’à maintenant affirment tous l’unité des Comores, être rapidement dépassés par des jeunes et moins jeunes qui chercheraient une rupture radicale avec l’Etat comorien. Le président Sambi et ses stratèges auront alors tout loisir pour justifier son maintien au pouvoir.
Plus personne au pays ne remet en cause la nécessité d’une harmonisation des élections. Tous les membres de l’opposition ou presque, mais aussi plusieurs citoyens de la société civile ont dit et affirmé avec conviction que l’harmonisation était nécessaire. Mais, parce qu’ils ne peuvent accepter un coup d’Etat institutionnel qui va prolonger d’une manière illégale le mandat du président, les pro-Sambi trouvent malin de dire que ceux-ci ne veulent pas de l’harmonisation acceptée par le peuple par référendum. Le procédé est malhonnête.
Qu’est-ce que Sambi a d’exceptionnel qu’il peut faire et qu’un cadre Mohélien élu ne pourra pas faire dans les mêmes conditions ? Il faut que le mépris et l’arrogance prennent fin. Sambi n’était qu’un commerçant avant de devenir président, Mwali a de nombreux fils qui ont une expérience solide des rouages de l’Etat. Ils n’ont pas besoin d’un stage de 18 mois comme on entend certains partisans du président le clamer.
L’hypocrisie d’un système
Alors on nous dit : « Mohamed Bacar a gêné le président Sambi pendant deux ans, c’est normal qu’il prolonge son mandat d’autant ». Sommes-nous en train de parler des affaires de l’Etat ou de jouer aux billes dans une cour de récréation ? Vous imaginez les chefs d’Etat du monde, en 1945, demandant à refaire leurs mandats parce qu’Hitler les a gênés pendant quatre ans ? Cela révèle l’hypocrisie d’un système qui est à bout de souffle.
L’autre argument qui a été appelé à la rescousse par le camp du Président, au dernier moment, c’est celui de la prolongation du mandat présidentiel d’office, du fait que la nouvelle constitution (après le référendum) a allongé le mandat des futurs présidents qui passe de quatre à cinq ans. C’est la thèse défendue par l’avocat du régime, Fahami Saïd Ibrahim , mais aussi par le Directeur de Cabinet du Président, Mohamed Dossar et le Ministre des Relations Extérieures, Ahmed Jaffar, entre autres. Ils prétendent ainsi que la loi référendaire est rétroactive, qu’elle permet à un président élu par le peuple pour un mandat de quatre ans de rester cinq ans, sans élections, juste par la magie du référendum de modification de la constitution. Mais, cela n’est pas acceptable ni sur le plan du droit ni sur le plan de la politique stricto sensu.
Une rétroactivité illégale et inacceptable
D’une part, parce que le premier projet de modification de la Constitution avait prévu que la nouvelle loi allait s’appliquer au président actuel. Il y a eu un débat. Les Conseillers du président l’ont persuadé qu’il fallait retirer cette disposition car une majorité de Comoriens étaient opposés à une prolongation de son mandat de cette façon et qu’ils risquaient de voter contre la modification uniquement pour cela. Le président Sambi a accepté de retirer cette disposition, et les Comoriens ont voté une loi qui ne prévoyait plus cette possibilité de rétroactivité. D’où vient que maintenant on nous ressort cette disposition par la petite porte ?
D’autre part, le Congrès n’a pas tenu compte de ce mandat de cinq ans pour prolonger celui du président de dix-huit mois. Les élus n’en font pas référence car, en tant que partisans du président, ils y avaient renoncé avant le référendum.
Ceci étant dit, il est difficile de comprendre que des députés élus, sensés connaître leur rôle et les prérogatives que la Constitution leur accorde aient pu faire cette énorme bourde qui mène dans l’impasse. Comment ont-ils pu prolonger et raccourcir des mandats alors que la constitution modifiée ne leur permettait que d’harmoniser les élections ?
Mahmoud Ibrahime, Docteur en Histoire
















