Les Comoriens ont célébré le mercredi 6 juillet 2011, le 36ème anniversaire de leur indépendance. Il s'agit de la première cérémonie , sous la présidence d'Ikililou Dhoinine, le successeur d'Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, qui a pris les hautes fonctions de l'Etat, il y a juste 40 jours. Quarante jours au cours desquels le nouveau locataire de Beit-salam essaie d'imprimer sa marque sur la gestion du pays en essayant soit de faire mieux par rapport à son illustre prédécesseur, dont il fut, pourtant, le dauphin désigné, ou marquer carrément une rupture avec ce dernier sur la gestion de certains dossiers. Ikililou dont les mauvaises langues avaient essayé dès le début à le faire passer pour « l'homme de paille » de l'ancien chef de l'Etat tente ainsi d'effacer cette image très réductrice de sa personne.Deux importants dossiers sur la marche des affaires publiques aux Comores sont révélatrices à ce point de vue : la moralisation de la vie publique et la gestion des deniers de l'Etat et la question de l'île comorienne de Mayotte.
Sur le premier sujet, on remarque qu'alors que Ahmed Aballah Mohamed Sambi s'est cantonner dans des discours promettant une lutte sans merci contre la corruption durant toute la durée de son régime , Ikililou a décidé de passer à l'action dès les premiers heures de son mandat. Cela s'est traduit par la promulgation de la « loi relative à la transparence des activités publique, économique, financière et sociale » qui dormait dans les tiroirs de Beit-Salam depuis belle lurette.
« J'ai donné à l'État l'instrument de la politique que j'ai tracé dans mon discours programme, pour moraliser la vie publique et la gestion des derniers publique de l'Etat », a-t-il exulté dans son discours à la nation à l'occasion de la fête de l'indépendance.
Mieux que ce panneau placé devant les ministères de la justice, de la fonction et de la santé à Moroni, promettant « la tolérance Zéro» à tous ceux et celles qui se seront rendus coupables de faits de corruption, Ikililou a crée une « commission nationale de prévention et de lutte contre la corruption (CNPLC) ». Le combat doit, désormais, être mené en amont comme en aval. Une initiative saluée aussi bien à l'intérieur du pays que par les partenaires des Comores. Tant ce fléau continue de saper le développement de cet archipel de l'Océan indien.
Cette institution, telle que définie par le chef de l'Etat, aura comme « mission...d'assurer la surveillance et le suivi de la mise en œuvre de la politique et de la stratégie nationale de lutte contre la corruption ». « Ses membres [du CNPLC ndlr], qui prêtent serment avant d'entrer en fonction, sont protégés contre toute forme de pression, intimidation provenant d'entités politique, économique ou autres », a tenu à préciser Ikililou. Cela veut-il dire que ces agents qui doivent être choisi parmi les plus vertueux de notre pays seront bien traités au niveau des salaires pour ne pas qu'ils versent à leur tour dans la corruption? Dans tous les cas, le peuple a besoin des actes, rien que des actes...
Le deuxième sujet, celui de la question de l'île comorienne de Mayotte sous administration française depuis 1975 et qui vient d'être érigé en département, Ikililou marque également un très grand écart par rapport à son prédécesseur. Du discours très mordant de Sambi qui a failli par moments provoqué une crise ouverte avec la France, cette ancienne puissance colonisatrice , le président Ikililou et son gouvernement ont choisi l'apaisement. L'hôte de Beit-Salam opte pour le dialogue avec la France pour « une solution à l'amiable ». Ainsi, à la proposition d'un « État deux administrations » formulé récemment par l'ancien régime de Sambi, le gouvernement du président Ikililou dont les autorités françaises saluent « l'esprit d'ouverture » oppose « un dialogue direct avec nos frères Mahorais ». « Une nouvelle approche » selon les dires du nouveau chef de l'État. Et pourtant, cette idée, « le fameux dialogue tripartite », avait déjà été l ancée par feu Saïd Mohamed Djohar en son temps...
Ikililou a pompeusement définit cette nouvelle politique comme étant une approche visant à procéder à une « réconciliation des cœurs et des esprits à travers le dialogue entre nous et nos parents, nos frères et soeurs mahorais ». Ce que qui n'est pas en soi une mauvaise idée mais on est en droit de se demander sur quoi cette « nouvelle approche » peut aboutir sachant la position de l'autre partie...
La marge de manœuvre de l'Etat comorien sur cette question nous semble très réduite à chaque fois qu'il placera ce différend sur un autre terrain que celui du droit international. Sinon, qu'est que les autorités comoriennes comptent proposer, aujourd'hui, aux Mahorais pour leur faire revenir sur tout ce qu'ils ont acquis jusque là et rembarquer sur le navire Comores qu'ils ont dû quitter en 1975?
Le chef de l'Etat semble comprendre cela lorsqu'il proclame dans discours « tout en poursuivant, sans relâche, la revendication légitime de l'intégrité territoriale de notre pays, par toutes les voies du droit, nous devons aujourd'hui créer le cadre et le climat qui puissent nous permettre, nous tous enfants de l'archipel des Comores de nous parler, sans restriction, dans notre langue commune, pour lever la chape de plomb de méfiance qui s'est abattue sur nous voici trente six ans »...
Très bonne idée, mais parfois même avec des bonnes intentions ont peut tomber sur un résultat inverse. Les réponses à cette main tendue de l'hôte de beit-Salam sont déjà prêtes. Ils sont déjà servies voici 36 ans et ne demanderont qu'à être réchauffés pour donner l'illusion d'être de nouveaux plats. La première est celle de l'ancien député de Mayotte Mansour Kamardine qui lors d'un entretien avec une radio locale à Moroni, il y a 6 ou 7 ans, avait préconisé en langue comorienne, ceci « Mustahuwa Uhuru wanyu wasi ritsahuwa ribaki na Mfarantsa. Yabaki leo de wasi huseriyana ri yenshi ». Il préconise en gros que les trois îles indépendantes de l'archipel continuent leur chemin et qu'elles vivent en (bonne entente = hu seriyana) avec Mayotte. Les autorités françaises traduisent cela par ces termes...« dépasser ce différend qui n'a que trop duré et développer la coopération entre Mayotte et ses îles voisines »..
Ikililou et son gouvernement sont avertis...
Faissoil Abdou
Le blog d'inoussa

















